Weston – Cultiver des collectivités en santé

Recherches subventionnées

PROGRAMME DE SUBVENTIONS POUR LES PROJETS D’INNOVATIONS ALIMENTAIRES 2016 - PROJETS RETENUS

Cultiver l’innovation en éco-agriculture : développement du programme de recherche menée par les agriculteurs de l’EFAO

Bénéficiaires : Mme Alexandra English, Dre Sarah Hargreaves

Description du projet

L’adoption par les agriculteurs de pratiques agricoles écologiques – qui préservent l’eau, assurent la régénération des sols, protègent la biodiversité et réduisent la consommation énergétique et les intrants chimiques – est indispensable pour produire des aliments plus nutritifs et cultivés de façon écodurable et assurer la pérennité de nos fermes et de nos collectivités rurales. Alors que l’importance de la santé des sols et d’une agriculture diversifiée est de plus en plus reconnue, les connaissances et les innovations des agriculteurs sont plus que jamais une nécessité urgente pour créer une agriculture véritablement écodurable.

Pour les agriculteurs, la source d’information la plus sûre est les autres agriculteurs, mais il est risqué de mettre en pratique des informations anecdotiques et observationnelles sans disposer de données rigoureuses provenant d’exploitations actives. Des programmes menés ailleurs dans le monde montrent que la recherche menée par les agriculteurs est une façon efficace de produire des connaissances, des innovations et des mesures concrètes relatives à l’agriculture écologique. De tels programmes sont cependant insuffisants au Canada.

Pour pallier à ce manque, en 2016, l’Ecological Farmers Association of Ontario (EFAO) a lancé le premier programme de recherche menée par des agriculteurs au Canada (efao.ca/farmer-led-research). S’inspirant du très réussi Cooperators’ Program des Practical Farmers of Iowa (PFI), l’objectif de ce projet consiste à aider les agriculteurs à produire, à appliquer et à partager des renseignements fondés sur des données probantes au sujet de l’agriculture écologique.

Pertinence en matière d’innovation alimentaire

La recherche menée par les agriculteurs est une voie efficace et efficiente vers l’innovation dans le domaine de la production alimentaire écodurable. En effet, elle repose sur une approche ascendante qui consiste pour les agriculteurs à choisir des sujets de recherche qui présentent un intérêt pour eux. Cette approche garantit la pertinence et l’utilité des innovations pour ces professionnels et donc, augmente la probabilité qu’ils les adoptent. La recherche menée par les agriculteurs vient également soutenir et consolider une culture qui existe déjà dans le milieu agricole : une culture de la curiosité qui valorise les relations interpersonnelles, la gestion responsable des terres et les renseignements factuels, tout en encourageant les agriculteurs à partager ces renseignements.

Résultat anticipé

Le résultat anticipé de ce programme de recherche menée par les agriculteurs est de favoriser une culture de la curiosité et de l’innovation en matière d’agriculture écologique. Les connaissances et les innovations se propageront alors dans le milieu agricole et aboutiront à un changement transformationnel, grâce à une plus grande adoption et à une généralisation de pratiques d’exploitation agricole écologiques capables de fournir des aliments plus nutritifs, produits de façon écodurable.

Production et transfert des acides gras essentiels dans l’océan

Bénéficiaires : Dre Suzanne Budge, Dr Emmanuel Devred, Dr Catherine Johnson

Description du projet

Pertinence en matière d’innovation alimentaire

Tout organisme a besoin d’acides gras oméga-3 à chaîne longue. Cependant, la plupart des animaux, dont les humains, ne parviennent pas à synthétiser ces acides gras essentiels en quantité suffisante pour répondre à leurs besoins, mais doivent pour cela compter sur leur alimentation. La plupart des acides gras essentiels présents dans l’alimentation de la population canadienne sont dérivés, à l’origine, du phytoplancton marin, puis transférés dans la chaîne alimentaire. Or, nous en savons peu sur les taux de concentration et de production de ces nutriments indispensables dans l’océan. Nous ignorons également avec quelle efficacité ces nutriments sont transférés à travers les réseaux trophiques. Dépourvus de ce savoir, nous ne sommes pas en mesure de répondre aux questions, même les plus simples sur la disponibilité des acides gras essentiels pour les humains : les niveaux de production et de récolte des acides gras essentiels océaniques sont-ils durables?

Description

Pour tenter de répondre à cette question, nous suivrons trois axes de recherche distincts. Premier objectif, nous mesurerons les taux de production de deux espèces courantes de phytoplanctons dans différentes conditions de développement afin de capter la variation dans la production d’acides gras tout au long de l’année. Les données tirées de ces expérimentations seront utilisées pour valider et affiner un algorithme existant qui dérive le taux de production d’acides gras en mesurant la coloration de l’océan par satellite. Deuxième objectif, nous déterminerons l’efficacité avec laquelle les acides gras sont transférés du phytoplancton aux copépodes, un maillon essentiel dans le transfert d’énergie entre les producteurs primaires et les poissons planctoniques. Ces expérimentations nous fourniront les premières mesures de l’efficacité du transfert trophique des acides gras essentiels dans l’environnement marin. Troisième objectif, nous combinerons nos algorithmes validés avec des données sur la coloration de l’océan captées à distance afin d’estimer la production d’acides gras essentiels par le phytoplancton. Nous appliquerons ensuite nos données sur l’efficacité du transfert trophique à ces estimations de production en vue d’établir un budget simple des acides gras essentiels pour l’Atlantique Nord-Ouest.

Impact

Les quotas de pêche et les niveaux de captures durables ne sont calculés que sous l’angle de la production de biomasse. La prise en compte des acides gras essentiels dans les modèles utilisés pour définir ces limites permettra aux responsables d’évaluer la production halieutique par rapport aux nutriments essentiels, une approche nouvelle qui produira des estimations que l’on pourra comparer avec les concentrations estimées d’acides gras essentiels dans les prélèvements attribuables à la pêche. D’ailleurs, l’approche que nous préconisons ici peut être extrapolée à d’autres systèmes, ce qui permettra de réaliser des estimations sur la production d’acides gras essentiels océaniques à l’échelle mondiale. Cela touche directement la question de la sécurité alimentaire, au pays et dans le monde entier.

Évaluation de la qualité des protéines alimentaires contenues dans les légumineuses canadiennes pour répondre aux besoins nutritionnels humains en mesurant la disponibilité métabolique de l’acide aminé le plus limitant, la méthionine

Bénéficiaires : Dre Glenda Courtney-Martin, Dr Rajavel Elango, Dr Paul B. Pencharz, Dr Ronald O. Ball, Dr Christopher Tomlinson

Description du projet :

D’ici la fin du siècle, la population mondiale atteindra 12 milliards de personnes, mettant chaque pays au défi de fournir assez d’aliments nutritifs et sains pour tous. Les protéines alimentaires sont constituées de 20 acides aminés (AA) indispensables à la croissance et au bon fonctionnement du corps. Les protéines animales contiennent les 20 AA, mais leur production « exige une utilisation plus intensive des ressources que toute autre forme de production alimentaire » et leur teneur élevée en gras saturés est associée à des maladies chroniques. Les sources de protéines végétales telles que les légumineuses sont d’importants substituts dont la capacité à « renforcer la résilience des écosystèmes et à améliorer la santé humaine » a été démontrée. Cependant, les protéines de légumineuses présentent une faible teneur en méthionine, un AA essentiel qui joue un rôle dans la production des protéines dans le corps. Il est donc nécessaire de mesurer la quantité de méthionine disponible dans le corps grâce aux protéines des légumineuses pour s’assurer que l’on couvre ses besoins en méthionine quand on consomme des légumineuses. Peu d’études ont été menées sur la qualité des protéines contenues dans les légumineuses chez l’humain malgré leur place prédominante dans l’alimentation et leurs effets positifs reconnus sur les maladies chroniques, en particulier dans des pays tels que le Canada. De plus, notre pays est un chef de file mondial dans la production et l’exportation de légumineuses. À l’heure où le régime végétarien fait de plus en plus d’adeptes au sein de la population canadienne et où Santé Canada recommande que les citoyens consomment plus d’aliments protéinés d’origine végétale, il est nécessaire d’évaluer la qualité des protéines des légumineuses canadiennes, de sorte que les recommandations en matière de protéines d’origine végétale s’accompagnent d’une connaissance de leur qualité.

Les méthodes utilisées actuellement pour évaluer la qualité des protéines sont imprécises ou trop invasives pour être utilisées chez l’être humain. Nous avons récemment mis au point une méthode de pointe basée sur des isotopes stables minimalement invasive pour évaluer la qualité des protéines dans les aliments. Notre méthode ne présente aucun danger. Les participants doivent suivre le régime-test pendant une journée et seuls des échantillons d’haleine sont prélevés. Grâce à cette méthode, le projet permettra d’évaluer directement chez l’humain la qualité des protéines trouvées dans les lentilles et les pois chiches cultivés au Canada.

Nos résultats permettront aux agences gouvernementales de mieux évaluer la quantité de protéines présentes dans les légumineuses canadiennes pour répondre aux besoins de la population, au pays et dans le monde. Ils aideront les spécialistes en nutrition à faire des recommandations précises quant à un apport suffisant en protéines d’origine végétale dans une alimentation santé. Enfin, ils constitueront une base pour promouvoir et recommander les légumineuses comme autres sources possibles de protéines. Globalement, nos résultats appuieront le travail de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture qui consiste notamment à compiler des tableaux sur la qualité des protéines dans les aliments, à des fins de diffusion mondiale.

Évaluation des effets d’un programme d’alimentation scolaire reposant sur un approvisionnement centralisé sur la nutrition des élèves et l’économie agroalimentaire locale

Bénéficiaires : Dr Jason Gilliland, Dr Jamie Seabrook, Dre Danielle Battram, Dre Colleen O’Connor, Dre Paula Dworatzek, Dre Sarah Woodruff

Description du projet

À l’Université Western, le Human Environments Analysis Laboratory (HEAL) mène des recherches sur un programme d’alimentation scolaire reposant sur un approvisionnement centralisé (CPSFP) dans le cadre du Programme de bonne nutrition des élèves de l’Ontario. Le CPSFP sera mis en œuvre auprès de 30 écoles élémentaires dans le Sud-Ouest de l’Ontario et fournira chaque jour aux élèves des collations de fruits et légumes. Faisant appel à des pratiques d’approvisionnement centralisé, le programme vise à améliorer la qualité nutritionnelle des aliments offerts dans le cadre de l’actuel programme de collations scolaires, dans le but d’avoir une incidence positive sur la santé et le développement des enfants.

Le CPSFP offre une méthode de livraison novatrice : un menu approuvé par une diététiste, consistant en des fruits et légumes frais approvisionnés de façon centralisée, est directement apporté aux écoles. Contrairement aux modèles traditionnels où la qualité nutritionnelle et la provenance des aliments varient considérablement selon l’école, cette méthode offre une nourriture de qualité constante, hautement nutritionnelle, dans le respect des Lignes directrices du Programme de bonne nutrition des élèves établies par le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse.

L’équipe de recherche multidisciplinaire issue du HEAL réunit des chercheurs de Western, du Collège universitaire Brescia et de l’Université de Windsor, lesquels mèneront des évaluations rigoureuses concernant le programme à diverses étapes de l’intervention. Actuellement, il existe très peu d’évaluations formelles des programmes de nutrition scolaire au Canada, ce qui met en évidence la nécessité de mener des recherches et d’obtenir des résultats orientés sur les données. S’appuyant sur une conception d’étude expérimentale stricte comprenant des évaluations antérieures et postérieures, l’équipe HEAL mènera des recherches sur le CPSFP et son incidence sur les habitudes alimentaires des élèves.

Le CPSFP est également novateur dans son objectif secondaire : soutenir l’économie locale et la durabilité du système alimentaire. La plupart des programmes de nutrition scolaire ne tiennent pas compte de la provenance géographique des aliments achetés, tandis que le CPSFP exige qu’au moins la moitié de tous les aliments soient produits localement. Ce principe d’approvisionnement central a pour effet de soutenir l’économie agroalimentaire locale.

Les conclusions de cette étude devraient constituer des recherches probantes quant à l’incidence positive d’un programme alimentaire scolaire fondé sur un approvisionnement centralisé sur les habitudes alimentaires, les connaissances nutritionnelles et les résultats pour la santé des enfants. Le Canada est actuellement l’un des rares pays industrialisés sans programme alimentaire scolaire universel. Les connaissances tirées de ce projet de recherche influenceront la pratique et la politique en matière de nutrition scolaire tout en constituant un précédent de programme national d’alimentation scolaire.

Dimensions socio-organisationnelles des mesures d’atténuation du changement climatique chez les éleveurs bovins et les céréaliers en Alberta

Bénéficiaires : Dre Debra J. Davidson, Dre Lianne Lefsrud, Dr Andreas Hamann

Description du projet

Ce projet consistera à identifier des pratiques novatrices dans les secteurs de l’élevage bovin et de la culture céréalière ayant le potentiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il visera également à évaluer les possibilités et les obstacles associés à l’amplification potentielle de ces pratiques. Compte tenu de la place prépondérante qu’occupe l’agriculture en Alberta, réduire les émissions dans ce secteur sera décisif pour atteindre les objectifs du nouveau plan de lutte contre les changements climatiques axé sur le leadership mis en place par la province. Afin de créer des technologies et des pratiques qui puissent être adoptées par les agriculteurs en vue de limiter les émissions de gaz à effet de serre, le Canada a instauré le Programme de lutte contre les gaz à effet de serre en agriculture en 2010. Ce programme a, certes, abouti à la création de technologies d’atténuation et d’outils de comptabilisation du carbone utiles, mais il n’existe presque aucune information sur le fait que les agriculteurs décident ou non de changer leurs pratiques, ni comment ni pourquoi. On en sait peu également sur l’influence des organisations sur les décisions prises au niveau de l’exploitation même.

Notre travail sur l’atténuation du changement climatique en Alberta dans les secteurs de l’élevage bovin et de la culture céréalière contribuera grandement à la compréhension de la manière dont les facteurs socio-économiques affectent l’adoption des pratiques d’atténuation par les agriculteurs. Cela conduira à notre objectif stratégique global : influencer la planification et l’élaboration d’une politique qui permette de généraliser les technologies d’atténuation novatrices à tout le secteur, encourageant plus d’agriculteurs à tirer profit des crédits de carbone, et à terme, améliorant l’écodurabilité des activités agricoles en Alberta.

La recherche proposée se déroulera en quatre étapes. D’abord, nous organiserons une analyse du discours dans les médias sociaux sur la question du changement climatique dans le secteur agricole en Alberta. Ensuite, nous effectuerons une enquête par téléphone auprès d’un échantillon aléatoire de céréaliers et d’éleveurs d’animaux de ferme, comprenant des questions sur les attitudes et les comportements, un inventaire des pratiques suivies pour réduire les gaz à effet de serre, ainsi qu’un recensement des obstacles et des facteurs habilitants rencontrés dans le processus d’adoption. Enfin, un échantillon représentatif constitué de 15 personnes interrogées déclarant avoir adopté des pratiques d’atténuation des gaz à effet de serre dans l’étude sera invité à participer à des entrevues personnelles. Les chercheurs auront ainsi l’occasion d’explorer plus en profondeur les facteurs personnels, économiques et organisationnels qui influencent l’adoption de pratiques novatrices. Une évaluation comparative du potentiel d’atténuation du changement climatique des pratiques indiquées sera également réalisée. Outre les agriculteurs, nous interrogerons un échantillon de représentants des secteurs de la transformation, de la vente au détail et d’organisations agricoles connexes.